Monaco
Allocution de S.A.S. le Prince Albert II
Séance plénière de Rio+20
21 juin 2012
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je tiens en tout premier lieu à remercier les Autorités
brésiliennes pour la qualité de leur accueil et les responsables de
cette Conférence pour sa parfaite organisation.
« L’avenir que nous voulons », telle est l’ambition que
nous nous sommes assignée ici, à Rio, pour définir un nouveau
mode de développement pour les prochaines décennies.
Cette ambition sera vaine si nous ne prenons pas la
mesure de notre responsabilité collective.
2 / 14
Le moment est en effet venu de prendre les engagements
forts et concrets qui s’imposent.
La question du développement durable, souvent éclipsée
ces dernières années par la crise économique et financière, est à
nouveau au premier plan des négociations internationales.
Le monde, dans sa course effrénée à la croissance,
repousse les questions environnementales, renforçant l’illusion
que l’économie et l’environnement sont dissociables, voire
incompatibles.
Nous ne pouvons laisser cette illusion perdurer.
3 / 14
Un colloque scientifique international co-organisé au
printemps dernier en Principauté par ma Fondation, le Centre
Scientifique de Monaco et l'Institut Pasteur, a mis en évidence
ce que nous pressentions depuis longtemps : les changements
climatiques ne peuvent rester sans incidence sur la santé
humaine.
Les scientifiques réunis ont fait le constat conjoint d'un
impact croissant des modifications dues à l'altération du climat
sur la santé même des populations.
Les recherches se poursuivent, mais il doit être désormais
acquis que l'Homme est ainsi directement menacé.
4 / 14
La communauté internationale réunie aujourd’hui au
chevet de la planète démontre notre large mobilisation. Il s’agit
de prouver notre force de décision et notre capacité à oeuvrer
pour le bien commun.
Monsieur le Président,
Rappelons-nous « l’Esprit de Rio » qui avait soufflé icimême
il y a vingt ans et nous avait conduit à adopter une
Déclaration historique et des Conventions fondamentales pour la
préservation de l’environnement et de la biodiversité.
5 / 14
Si le succès du Sommet de la Terre de 1992 fut
indéniable, le bilan est toutefois contrasté vingt ans plus tard.
J’étais moi-même présent à ce Sommet, aux côtés de mon
père qui avait abordé, dans Son allocution, quelques-uns des
défis auxquels l’humanité devait faire face : la surexploitation
des ressources naturelles, les pollutions, les changements
climatiques, l’érosion et la désertification des Terres, les
réfugiés environnementaux, les inégalités croissantes et déjà, la
dégradation de nos mers et de nos océans. Ces défis n’ont pas
été réellement relevés et l’état général de la planète s’est encore
détérioré.
6 / 14
Le Prince Rainier III avait également dénoncé «la
négligence, au pire l’hypocrisie» dans la mise en oeuvre des
textes internationaux en matière d’environnement.
Ce constat est malheureusement toujours d’actualité.
C’est pourquoi il nous faut, en priorité, faire progresser,
juridiquement et concrètement, les principes essentiels du droit
international de l’environnement et surtout les respecter.
Pour y parvenir, une réforme de la gouvernance mondiale
du développement durable doit être entreprise afin de mettre fin
à sa fragmentation et d’en rééquilibrer les trois piliers : social,
économique et environnemental.
7 / 14
Cette réforme doit s’articuler autour du renforcement du
PNUE. Une première étape va être franchie avec la participation
universelle à ses activités. Sa transformation en une agence
spécialisée des Nations Unies conservant son siège à Nairobi,
doit toutefois demeurer l’objectif à atteindre afin de créer et
renforcer les synergies entre les accords multilatéraux sur
l’environnement et de mettre en oeuvre une stratégie intégratrice
« globale » des activités environnementales des Nations Unies.
je me félicite de voir que nous progressons vers la
décision de définir ensemble des Objectifs de Développement
Durable qui encadreront nos actions, sur les plans international,
national et local, afin que la mise en oeuvre de nos engagements
soit plus efficace et plus transparente.
8 / 14
Ces Objectifs succèderont aux Objectifs du Millénaire
pour le Développement qui ont mis en exergue et coordonné les
efforts internationaux pour éradiquer la pauvreté.
Parallèlement au nécessaire renforcement de la
gouvernance mondiale, quatre chantiers me semblent
particulièrement prioritaires.
En premier lieu, celui de la mise en place d’une
économique verte. Face au défi environnemental comme face
aux inégalités sociales qui se creusent chaque jour, il faut nous
engager dans la voie d’une économie responsable, économe en
ressources naturelles et créatrice d’emplois et de nouvelles
opportunités de développement.
9 / 14
Je suis, en outre, profondément convaincu que le monde
doit s’engager dans une véritable transition énergétique, axée à
la fois sur la maîtrise de notre consommation d’énergie et sur le
développement des énergies renouvelables.
La transition énergétique engagée par mon gouvernement
depuis plusieurs années nous a permis d’atteindre, en 2011, une
réduction de nos émissions de gaz à effet de serre de 18% par
rapport à l’année de base 1990. C’est grâce à cette même
transition que mon pays entend atteindre la neutralité carbone
d’ici 2050, engagement que j’ai pris en décembre 2008 lors de
la Conférence de Copenhague et que je renouvelle ici.
10 / 14
Troisième enjeu : «penser global, agir local». Nous ne
parviendrons pas à réformer profondément notre modèle de
développement sans que chaque échelon décisionnel soit
mobilisé.
A la tête d’une « Cité-Etat », je constate au quotidien
l’impact considérable que peuvent avoir des actions locales.
Elles sont le dernier relais indispensable de la mise en oeuvre
concrète de la volonté politique internationale.
Enfin, notre quatrième chantier est celui que je souhaite
défendre le plus ardemment, celui de la gestion durable des
océans.
11 / 14
Nous ne pouvons admettre plus longtemps que nos océans
soient pillés, pollués, saccagés, sans se soucier des
conséquences de cette surexploitation qui compromet leur
capacité à être source de nourriture, mais aussi leur valeur
économique et leur rôle précieux de régulateur environnemental.
Nous ne pouvons plus nier l’impact significatif des
changements climatiques sur les océans, lesquels engendrent des
phénomènes d’acidification, d’élévation du niveau de la mer et
de fragilisation des récifs coralliens.
Il nous faut apprendre à vivre de la mer, tout en la
protégeant. C’est là tout le sens de mon engagement.
12 / 14
Plus qu’un Etat côtier, Monaco est, par tradition
historique et culturelle, un Etat tourné vers la mer. Mon
trisaïeul, le Prince Albert Ier, l’un des fondateurs de
l’océanographie moderne, fut l’un des premiers, il y a plus de
100 ans, à alerter l’opinion publique sur la vulnérabilité de nos
océans.
Leur gestion durable constitue le coeur du «Message de
Monaco», notre contribution au processus préparatoire de
Rio+20.
13 / 14
Cette gestion passe par la mise en oeuvre efficace de la
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer dont nous
célébrons cette année le trentième anniversaire de l’ouverture à
la signature, ainsi que par celle d'autres instruments
internationaux s'inscrivant dans son cadre.
Elle repose également sur trois axes essentiels et
complémentaires :
la sécurité alimentaire, car près de la moitié de la
population mondiale dépend des ressources de la mer pour
son alimentation ;
les énergies renouvelables car elles permettent de pallier le
déficit d'accès à l'énergie fossile, notamment pour les Petits
Etats insulaires en développement ;
14 / 14
et le tourisme durable en zone côtière car il est créateur
d’emplois et respectueux de l’environnement.
Monsieur le Président,
Un proverbe brésilien nous rappelle que « la bonne
volonté raccourcit le chemin ».
Au-delà de la volonté, il nous faut du courage.
C’est à cette condition que l’avenir que nous construisons
sera conforme à celui que nous voulons.
Je vous remercie.
Séance plénière de Rio+20
21 juin 2012
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je tiens en tout premier lieu à remercier les Autorités
brésiliennes pour la qualité de leur accueil et les responsables de
cette Conférence pour sa parfaite organisation.
« L’avenir que nous voulons », telle est l’ambition que
nous nous sommes assignée ici, à Rio, pour définir un nouveau
mode de développement pour les prochaines décennies.
Cette ambition sera vaine si nous ne prenons pas la
mesure de notre responsabilité collective.
2 / 14
Le moment est en effet venu de prendre les engagements
forts et concrets qui s’imposent.
La question du développement durable, souvent éclipsée
ces dernières années par la crise économique et financière, est à
nouveau au premier plan des négociations internationales.
Le monde, dans sa course effrénée à la croissance,
repousse les questions environnementales, renforçant l’illusion
que l’économie et l’environnement sont dissociables, voire
incompatibles.
Nous ne pouvons laisser cette illusion perdurer.
3 / 14
Un colloque scientifique international co-organisé au
printemps dernier en Principauté par ma Fondation, le Centre
Scientifique de Monaco et l'Institut Pasteur, a mis en évidence
ce que nous pressentions depuis longtemps : les changements
climatiques ne peuvent rester sans incidence sur la santé
humaine.
Les scientifiques réunis ont fait le constat conjoint d'un
impact croissant des modifications dues à l'altération du climat
sur la santé même des populations.
Les recherches se poursuivent, mais il doit être désormais
acquis que l'Homme est ainsi directement menacé.
4 / 14
La communauté internationale réunie aujourd’hui au
chevet de la planète démontre notre large mobilisation. Il s’agit
de prouver notre force de décision et notre capacité à oeuvrer
pour le bien commun.
Monsieur le Président,
Rappelons-nous « l’Esprit de Rio » qui avait soufflé icimême
il y a vingt ans et nous avait conduit à adopter une
Déclaration historique et des Conventions fondamentales pour la
préservation de l’environnement et de la biodiversité.
5 / 14
Si le succès du Sommet de la Terre de 1992 fut
indéniable, le bilan est toutefois contrasté vingt ans plus tard.
J’étais moi-même présent à ce Sommet, aux côtés de mon
père qui avait abordé, dans Son allocution, quelques-uns des
défis auxquels l’humanité devait faire face : la surexploitation
des ressources naturelles, les pollutions, les changements
climatiques, l’érosion et la désertification des Terres, les
réfugiés environnementaux, les inégalités croissantes et déjà, la
dégradation de nos mers et de nos océans. Ces défis n’ont pas
été réellement relevés et l’état général de la planète s’est encore
détérioré.
6 / 14
Le Prince Rainier III avait également dénoncé «la
négligence, au pire l’hypocrisie» dans la mise en oeuvre des
textes internationaux en matière d’environnement.
Ce constat est malheureusement toujours d’actualité.
C’est pourquoi il nous faut, en priorité, faire progresser,
juridiquement et concrètement, les principes essentiels du droit
international de l’environnement et surtout les respecter.
Pour y parvenir, une réforme de la gouvernance mondiale
du développement durable doit être entreprise afin de mettre fin
à sa fragmentation et d’en rééquilibrer les trois piliers : social,
économique et environnemental.
7 / 14
Cette réforme doit s’articuler autour du renforcement du
PNUE. Une première étape va être franchie avec la participation
universelle à ses activités. Sa transformation en une agence
spécialisée des Nations Unies conservant son siège à Nairobi,
doit toutefois demeurer l’objectif à atteindre afin de créer et
renforcer les synergies entre les accords multilatéraux sur
l’environnement et de mettre en oeuvre une stratégie intégratrice
« globale » des activités environnementales des Nations Unies.
je me félicite de voir que nous progressons vers la
décision de définir ensemble des Objectifs de Développement
Durable qui encadreront nos actions, sur les plans international,
national et local, afin que la mise en oeuvre de nos engagements
soit plus efficace et plus transparente.
8 / 14
Ces Objectifs succèderont aux Objectifs du Millénaire
pour le Développement qui ont mis en exergue et coordonné les
efforts internationaux pour éradiquer la pauvreté.
Parallèlement au nécessaire renforcement de la
gouvernance mondiale, quatre chantiers me semblent
particulièrement prioritaires.
En premier lieu, celui de la mise en place d’une
économique verte. Face au défi environnemental comme face
aux inégalités sociales qui se creusent chaque jour, il faut nous
engager dans la voie d’une économie responsable, économe en
ressources naturelles et créatrice d’emplois et de nouvelles
opportunités de développement.
9 / 14
Je suis, en outre, profondément convaincu que le monde
doit s’engager dans une véritable transition énergétique, axée à
la fois sur la maîtrise de notre consommation d’énergie et sur le
développement des énergies renouvelables.
La transition énergétique engagée par mon gouvernement
depuis plusieurs années nous a permis d’atteindre, en 2011, une
réduction de nos émissions de gaz à effet de serre de 18% par
rapport à l’année de base 1990. C’est grâce à cette même
transition que mon pays entend atteindre la neutralité carbone
d’ici 2050, engagement que j’ai pris en décembre 2008 lors de
la Conférence de Copenhague et que je renouvelle ici.
10 / 14
Troisième enjeu : «penser global, agir local». Nous ne
parviendrons pas à réformer profondément notre modèle de
développement sans que chaque échelon décisionnel soit
mobilisé.
A la tête d’une « Cité-Etat », je constate au quotidien
l’impact considérable que peuvent avoir des actions locales.
Elles sont le dernier relais indispensable de la mise en oeuvre
concrète de la volonté politique internationale.
Enfin, notre quatrième chantier est celui que je souhaite
défendre le plus ardemment, celui de la gestion durable des
océans.
11 / 14
Nous ne pouvons admettre plus longtemps que nos océans
soient pillés, pollués, saccagés, sans se soucier des
conséquences de cette surexploitation qui compromet leur
capacité à être source de nourriture, mais aussi leur valeur
économique et leur rôle précieux de régulateur environnemental.
Nous ne pouvons plus nier l’impact significatif des
changements climatiques sur les océans, lesquels engendrent des
phénomènes d’acidification, d’élévation du niveau de la mer et
de fragilisation des récifs coralliens.
Il nous faut apprendre à vivre de la mer, tout en la
protégeant. C’est là tout le sens de mon engagement.
12 / 14
Plus qu’un Etat côtier, Monaco est, par tradition
historique et culturelle, un Etat tourné vers la mer. Mon
trisaïeul, le Prince Albert Ier, l’un des fondateurs de
l’océanographie moderne, fut l’un des premiers, il y a plus de
100 ans, à alerter l’opinion publique sur la vulnérabilité de nos
océans.
Leur gestion durable constitue le coeur du «Message de
Monaco», notre contribution au processus préparatoire de
Rio+20.
13 / 14
Cette gestion passe par la mise en oeuvre efficace de la
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer dont nous
célébrons cette année le trentième anniversaire de l’ouverture à
la signature, ainsi que par celle d'autres instruments
internationaux s'inscrivant dans son cadre.
Elle repose également sur trois axes essentiels et
complémentaires :
la sécurité alimentaire, car près de la moitié de la
population mondiale dépend des ressources de la mer pour
son alimentation ;
les énergies renouvelables car elles permettent de pallier le
déficit d'accès à l'énergie fossile, notamment pour les Petits
Etats insulaires en développement ;
14 / 14
et le tourisme durable en zone côtière car il est créateur
d’emplois et respectueux de l’environnement.
Monsieur le Président,
Un proverbe brésilien nous rappelle que « la bonne
volonté raccourcit le chemin ».
Au-delà de la volonté, il nous faut du courage.
C’est à cette condition que l’avenir que nous construisons
sera conforme à celui que nous voulons.
Je vous remercie.
Stakeholders