United NationsDepartment of Economic and Social Affairs Sustainable Development

French Polynesia

Conf ere nee sur les Oceans
Session Pleniere
Declaration de Ia Polynesie fran~aise
Monsieur le President,
Mesdames et Messieurs les chefs de delegation,
Mesdames et Messieurs les delegues,
C' est un honneur et un plaisir pour moi que de prononcer quelques mots
devant votre auguste Assemblee sur un sujet d'importance capitale : la
gestion durable des oceans dans le cadre de l'agenda 2030 pour le
developpement durable.
Comme nous avons eu !'occasion de l'affirmer a Paris lors de la COP 21, la
Polynesie franc;aise est la definition meme du territoire maritime. Elle est
constituee a 99 % de mer sur un territoire aussi vaste que !'Europe. Avec 5
millions de km2, son espace maritime represente a lui seul pres de la moitie
de la zone economique exclusive franc;aise, faisant de la France la
deuxieme puissance maritime au monde.
Cette caracteristique fait de nous « un grand territoire oceanique »,
expression beaucoup plus juste, que celle generalement utilisee de « petit
territoire insulaire ». C'est d'ailleurs la terminologie que nous avons decide
de retenir, avec nos amis du Groupe des Leaders Polynesiens (PLG), dans
la Declaration de Taputapuatea sur le changement climatique que nous
avons adoptee le 16 juillet 2015 et portee a la COP 21 a Paris en decembre
de la meme annee.
De fait, la mer et ses ressources commandent l'avenir du developpement
durable de notre pays et constituent des enjeux eminemment economigues et
politiques, mais aussi culturels et identitaires comme souligne dans la
Declaration sur l'Ocean « Te Moana o Hiva » adopte par le meme
Groupe des Leaders Polynesiens a Tahiti le 28 juin 2016 dans le
prolongement de la Declaration de Taputapuatea de 2015.
J' evoquerai ici plus particulierement 2 enjeux importants pour la Polynesie
fran9aise.
Le premier a trait a la protection des interets humains, ecologiques et
economiques de notre espace maritime, et plus generalement de l' ocean qui
nous entoure. Comme rappele dans la Declaration de Taputapuatea adoptee
par le Groupe des Leaders polynesiens, l' ocean Pacifique revet une
importance vitale « pour la subsistance et pour le developpement
economique durable des peuples d'Oceanie, a travers ses services
d' approvisionnement, de protection de la biodiversite marine et de
regulation du climat ».
Dans ce domaine, nous n' avons pas a rougir de nos actions et de notre bilan.
Des 2002, nous sommes officiellement devenus le plus grand sanctuaire au
monde pour les mammiferes marins. Les eaux de la Polynesie fran9aise en
accueillent plus d 'une vingtaine d' especes, ou celles-ci peuvent evoluer en
toute liberte, preservees et protegees. Par ailleurs, depuis 2012, toutes les
especes de requins sont protegees dans nos eaux. Il s' agit d 'une decision
d'une importance capitale lorsqu'on sait que, chaque annee, des millions de
requins sont tues dans le monde, principalement pour le commerce de leurs
ailerons. Les efforts que nous faisons pour proteger ces tresors de
biodiversite sont reconnus mondialement et, pour certains, font l'objet de
labels a l'instar de celui de !'UNESCO pour la reserve de biosphere de
Fakarava, classee depuis 2006.
Mais les efforts de protection de la Polynesie fran9aise pour ses espaces
naturels sont plus anciens encore. Les premiers espaces naturels proteges ont
ete classes en 1952, 65 ans deja. Aujourd'hui, la Polynesie fran9aise compte
50 espaces naturels proteges dont pres de la moitie sont des espaces marins
cotiers. De gros travaux restent encore a mener afin d' en optimiser la gestion
par l 'etablissement de plans de gestion adaptes.
Nos espaces maritimes font partie du patrimoine de l 'humanite et nous
avons le devoir de conscience de les proteger, et ce, a toutes les echelles et
dans une demarche integree la plus participative possible.
Paree que nous agissons veritablement pour nos enfants, nous avons decide
de les integrer aux decisions inherentes a la protection de nos oceans. C'est
ainsi que les Marquisiens ont cree les six premieres aires marines educatives
au monde. Une « aire marine educative » est une zone maritime littorale
geree par les el eves d 'une ecole. Nous sommes particulierement fier et
hon ore d' avoir signe avec I' ancienne ministre de l' ecologie, du
developpement durable et de l' energie fran9aise, Madame Segolene Royal,
en marge de la COP 21 le 2 decembre 2015 a Paris, un accord de partenariat
visant a valoriser et a etendre en France continentale ce concept ne en
Polynesie fran9aise. Cet outil est aujourd 'hui repris par le ministere de
I' education polynesien qui I' a inscrit dans les programmes pedagogiques. Le
reseau s'est enrichi de 7 nouveaux sites marins lies a 7 ecoles sur l'Ile de
Tahiti. II est envisage d' etendre le concept aux espaces terrestres educatifs.
Le deuxieme enJeu qui me parait crucial est celui de I' economie bleue
durable et de l'exploitation raisonnee de nos ressources marines,
qu' ell es soient biologiques ou non biologiques. Ce type d' exploitation
requiert cependant une bonne connaissance de la ressource et des moyens de
controle et de repression dissuasifs.
En matiere de peche, la Polynesie fran~aise est l 'un des premiers pays du
Pacifique a avoir renonce a vendre des licences de peche a des flottes
etrangeres pour l 'exploitation de sa ZEE. Aujourd 'hui, la peche dans notre
ZEE est exclusivement reservee aux pecheurs polynesiens. Par ailleurs, dans
un SOUCl de preserver la ressource, la peche a la Senne a egalement ete
interdite.
Al ors qu' a l 'echelle du Pacifique l' effort de peche ne cesse d' augmenter et
que les stocks de thonides sont pour certains deja surexploites, comme pour
le thon obese, nos eaux sont encore preservees et nous suscitons la
convoitise de plus en plus grande d' armements etrangers qui concentrent
leurs flottes aux limites de notre ZEE. Nos prelevements sur la ressource
sont modestes - 6 300 tonnes par an, soit 0,18% des prises dans le Pacifique
- et nous disposons encore d'une marge de progression acceptable jusqu'a 13
000 tonnes. Nous disposons egalement de marges de progression
importantes dans le domaine de l' aquaculture. Nous entendons poursuivre le
developpement de ces filieres dans le sens d 'une exploitation durable et
raisonnee, sans mettre en danger la ressource.
Je ne vais pas detailler ici tous les enjeux lies a l 'exploitation de nos
ressources marines et sous-marines mais je veux ici souligner !'importance
de maintenir les moyens d'intervention adequats et necessaires pour garantir
la preservation de nos interets communs, qu' il s 'agisse de la connaissance de
nos ressources marines, de la surveillance de notre espace maritime ou de la
lutte contre les trafics et les activites de peche illicites.
Aussi, nous souhaitons appeler les grandes nations de peche a porter une
attention toute particuliere au respect de l' article 30 de la Convention
d'Honolulu relative a la conservation et a la gestion des stocks de poissons
grands migrateurs dans le Pacifique Occidental et Central et qui traite de la
necessaire reconnaissance des besoins particuliers des Etats et territoires en
developpement. Jusqu'a present, force est de constater que les progres sont
encore trop lents, notamment en ce qui conceme la gestion de l 'effort en
haute mer ou de la peche a la senne sous dispositif de concentration des
poissons (DCP) derivant.
Entin, pour poursuivre et consolider tous les efforts de gestion et de
protection dont je viens de vous parler, la Polynesie fran9aise classera
prochainement l 'ensemble de sa zone economique exclusive en aire marine
geree. Cette aire marine s'appellera « Te Tainui Atea ». 11 s'agit d'avoir une
approche plus globale et integree de la gestion de l' espace maritime
polynesien, qui nous manque a l 'heure actuelle tant a l' echelle locale que
regionale.
Chers jeunes, Mesdames et Messieurs, le temps presse, il faut ag1r
aujourd'hui, il y a pas de plan B pour la planete Oceans.
Je vous remercie de votre attention.
Stakeholders